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NIS2 en France : êtes-vous concerné, et que faire maintenant ?

La France vient d'être renvoyée devant la justice européenne pour n'avoir toujours pas transposé NIS2. Voici comment savoir si vous êtes concerné, et pourquoi attendre la loi est la pire stratégie.

KCÉquipe KC Cybersecurity
29 juillet 2026782 lectures11 min
NIS2 en France : êtes-vous concerné, et que faire maintenant ?

Où en est vraiment la transposition française

Le 9 juillet 2026, la Commission européenne a saisi la Cour de justice de l'Union européenne contre la France, pour n'avoir toujours pas transposé la directive NIS2. Avec demande de sanctions financières à la clé.

La date limite de transposition était fixée au 17 octobre 2024. Presque deux ans plus tard, le projet de loi résilience, qui doit porter NIS2 en droit français, n'est toujours pas adopté.

Si vous dirigez une entreprise, vous en tirez peut-être la conclusion la plus naturelle : rien ne presse. C'est exactement l'erreur que nous voyons le plus souvent en rendez-vous.

À retenir

La loi tarde, mais les exigences de fond sont connues depuis 2022 et l'ANSSI a publié en mars 2026 un référentiel opérationnel, le ReCyF, précisément pour que les entreprises puissent avancer sans attendre. Environ 15 000 entités seraient concernées en France. Les délais de mise en conformité, eux, seront courts.

Reprenons la chronologie, parce qu'elle explique la situation. NIS2 est une directive européenne adoptée en décembre 2022. Une directive n'est pas directement applicable : chaque État doit la transposer dans son droit national. La France avait jusqu'au 17 octobre 2024.

Le véhicule choisi est le projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité, souvent appelé loi résilience. Il porte trois textes européens à la fois : NIS2 pour la cybersécurité, REC pour la résilience des entités critiques, et DORA pour le secteur financier. Un texte lourd, qui avance lentement dans le calendrier parlementaire.

En juillet 2026, la situation est la suivante : le texte n'est pas adopté, il n'a pas été inscrit au programme de la session extraordinaire, et la Commission européenne a franchi l'étape supérieure en saisissant la Cour de justice le 9 juillet.

Cette saisine change quelque chose pour vous, même indirectement. Elle met la France sous pression pour légiférer vite. Et une loi votée dans l'urgence laisse rarement des délais confortables aux entreprises concernées.

Ce que fait l'ANSSI pendant ce temps

L'ANSSI n'a pas attendu. En mars 2026, elle a publié le Référentiel Cyber France, le ReCyF, un document de travail qui détaille les mesures techniques attendues des futures entités essentielles et importantes.

C'est le signal le plus clair envoyé aux entreprises : voici ce qu'on vous demandera, commencez maintenant. Le document reste un projet, il évoluera, mais son socle correspond à des pratiques de sécurité stables qui ne dépendent d'aucun décret.

Le test en trois questions : êtes-vous concerné ?

Oubliez les listes d'acronymes. Trois questions suffisent dans la plupart des cas.

Votre secteur figure-t-il parmi ceux visés ? Énergie, transport, banque, infrastructures des marchés financiers, santé, eau potable et eaux usées, infrastructures numériques, services TIC entre entreprises, administration publique, espace. Puis, dans la catégorie des secteurs importants : services postaux, gestion des déchets, produits chimiques, agroalimentaire, industrie manufacturière (dispositifs médicaux, informatique, électronique, machines, véhicules), fournisseurs numériques, recherche. Le filet est bien plus large que sous NIS1, qui ne couvrait qu'environ 300 entités en France.
Dépassez-vous 50 salariés ou 10 millions d'euros de chiffre d'affaires ? En dessous de ces seuils, vous êtes en principe hors du périmètre direct, sauf exception liée à la criticité de votre activité. Au-dessus, dans un secteur visé, vous êtes très probablement concerné.
Êtes-vous fournisseur d'une entité concernée ? C'est la question que presque personne ne se pose, et c'est celle qui touche le plus d'entreprises. NIS2 impose aux entités régulées de sécuriser leur chaîne d'approvisionnement. Concrètement, vos clients régulés vous transmettront leurs exigences par contrat, avec des questionnaires de sécurité, des clauses, parfois des audits. Cela se produit déjà dans l'industrie et la banque, avant même la transposition.

Si vous avez répondu oui à l'une de ces trois questions, la suite vous concerne. Si vous avez répondu non trois fois, lisez quand même la dernière section : les mesures de base vous protègent indépendamment de toute obligation.

Entité essentielle ou entité importante : ce que ça change

La directive répartit les organisations concernées en deux catégories, selon leur secteur et leur taille.

Les entités essentielles relèvent des secteurs les plus critiques et des plus grandes structures. Elles font l'objet de contrôles proactifs : l'ANSSI peut venir vérifier sans qu'un incident se soit produit. Les sanctions peuvent atteindre 10 millions d'euros ou 2 % du chiffre d'affaires mondial.
Les entités importantes relèvent d'un régime allégé, avec des contrôles réactifs, déclenchés en cas d'incident ou de signalement. Le plafond de sanction descend à 7 millions d'euros ou 1,4 % du chiffre d'affaires mondial.

La différence porte sur l'intensité du contrôle, pas sur le socle de mesures. Dans les deux cas, on vous demandera d'avoir analysé vos risques, sécurisé vos accès, testé vos sauvegardes et préparé votre réponse aux incidents. La vraie question n'est donc pas votre catégorie : c'est votre point de départ.

Les quatre familles d'obligations, en langage de dirigeant

La direction devient responsable

C'est la rupture majeure par rapport à NIS1. Les dirigeants doivent approuver les mesures de gestion des risques cyber, suivre une formation, et peuvent voir leur responsabilité personnelle engagée en cas de manquement grave.
La cybersécurité quitte le service informatique pour entrer au comité de direction. Cela suppose un pilotage : qui décide, sur quels indicateurs, à quelle fréquence. C'est le cœur de ce que nous mettons en place avec notre accompagnement gouvernance et pilotage.

Des mesures de sécurité minimales, et démontrables

Analyse de risques, politique de sécurité, gestion des incidents, continuité d'activité, sécurité de la chaîne d'approvisionnement, chiffrement, authentification multifacteur, gestion des accès. Rien d'exotique.
Le mot qui compte est « démontrables ». Avoir des sauvegardes ne suffit pas : il faut pouvoir montrer qu'elles sont testées, qui en est responsable, et quand la dernière restauration a été vérifiée. Tout part d'une analyse de risques sérieuse, qui dit quoi protéger en priorité et pourquoi.

La chaîne d'approvisionnement

Vous êtes responsable du niveau de sécurité de vos prestataires critiques. Il faut les identifier, évaluer leur maturité, et adapter vos contrats.

L'effet est mécanique et se propage de proche en proche : chaque entité régulée interroge ses fournisseurs, qui interrogent les leurs. C'est ainsi que NIS2 touche des entreprises qui n'y sont pas soumises directement.

La déclaration des incidents

Un incident important se signale à l'ANSSI sous 24 heures pour l'alerte initiale, avec un rapport complet sous 72 heures. Ce délai est le plus opérationnel de tous, et le moins anticipé.

Déclarer sous 24 heures : ce que ça suppose d'avoir préparé

Vingt-quatre heures, ce n'est pas beaucoup quand l'incident tombe un vendredi soir. Pour tenir ce délai, il faut trois capacités, et aucune ne s'improvise le jour J.

  • Détecter. Si personne ne surveille les journaux et que l'alerte vient d'un client mécontent, le compteur a déjà tourné plusieurs jours.
  • Qualifier. Un incident « important » au sens de la directive n'est pas n'importe quel incident. Quelqu'un doit pouvoir trancher rapidement, sur des critères définis à l'avance.
  • Raconter. Une déclaration réglementaire demande des faits datés : ce qui s'est passé, quand, quels systèmes, quel impact estimé. Cela suppose une trace écrite tenue pendant la crise, au moment où tout le monde est occupé à éteindre l'incendie.

Ces trois capacités s'organisent à froid. C'est un exercice court, quelques heures de travail, qui évite une déclaration bâclée ou hors délai.

Ce que coûte l'attente

Les sanctions financières sont connues et dissuasives. Mais dans les faits, le premier coût de l'attentisme est ailleurs.

Le coût commercial. Vos clients régulés n'attendent pas la loi française. Ils envoient déjà leurs questionnaires de sécurité. Une réponse vague ou incomplète coûte des contrats, silencieusement, sans que personne ne vous dise pourquoi.
Le coût de la précipitation. Quand la loi passera, les entreprises qui n'ont rien préparé chercheront toutes un accompagnement en même temps, dans des délais courts. Les prestations d'urgence coûtent plus cher que les démarches planifiées, et donnent de moins bons résultats.
Le coût de l'incident. Il ne dépend d'aucun calendrier parlementaire. Une entreprise arrêtée trois jours par un rançongiciel perd la même chose que la loi soit votée ou non.

Par où commencer, sans attendre les décrets

Trois chantiers se lancent dès maintenant, et gardent leur valeur quel que soit le texte final.

Cartographier. Quelles activités seraient dans le périmètre, quels systèmes les portent, qui en dépend, quels prestataires interviennent. Sans cette carte, aucune décision n'est possible.
Mesurer l'écart. Où en êtes-vous par rapport aux exigences connues, celles de la directive et du ReCyF ? C'est ce que donne un audit 360° : un état des lieux, une note, et un plan classé par priorité. Vous obtenez le budget et le calendrier réels, pas fantasmés.
Traiter les fondamentaux. Authentification multifacteur, sauvegardes testées, gestion des comptes et des départs, plan de réponse aux incidents, sensibilisation des équipes. Ces mesures s'imposeront quel que soit le décret final, et elles vous protègent dès aujourd'hui.
Un mot pour ceux qui envisagent une certification : une démarche ISO 27001 couvre l'essentiel des exigences de NIS2 et fournit les preuves que le régulateur demandera. Beaucoup d'entreprises mènent les deux de front pour ne faire le travail qu'une fois.
À retenir

Attendre la loi pour agir, c'est se condamner à travailler dans l'urgence, à un moment où tout le monde cherchera les mêmes compétences. Les entreprises qui s'y prennent maintenant choisissent leur rythme et leur budget.

Où en êtes-vous aujourd'hui ?

La première question n'est pas « que dit la loi ». C'est « où en sommes-nous ». Tant que la réponse reste floue, aucun arbitrage n'est possible.

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FAQ - Questions fréquentes

Les réponses aux questions les plus posées par nos lecteurs

Pour l'obligation directe, en principe oui : les seuils sont fixés à 50 salariés ou 10 millions d'euros de chiffre d'affaires. En pratique, si vos clients sont régulés, leurs exigences contractuelles vous rattraperont. Et les mesures de base restent votre meilleure protection, avec ou sans NIS2.

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